L'INDIVIDU ET LES INSTITUTIONS : LE LIEN FATIGUÉ
Par Christian Wallon-Leduc, professeur honoraire de sciences politiques, ancien doyen de la Faculté des sciences juridiques, politiques et sociales, Université de Lille
En partenariat avec la SSAAL

Le sujet du Roi devenu citoyen en 1789 devient sujet du droit décrit par le code civil (1804) puis, avec solennité, électeur en 1848. Quand bien-même le chemin fut difficile, et peut-être parce qu’il le fut, il y eu un « sacre » du citoyen pour reprendre la formule devenue classique de Pierre Rosanvallon. Ce lien nouveau entre l’individu et les institutions sera menacé, parfois suspendu mais maintenu et élargi en 1944 puis en 1974. Il aura traversé les coups d’État, les régimes et les guerres. Il est exalté, peint, sculpté, décrit et fait l’objet d’une sorte de culte solidement partagé pour l’essentiel.
Il est aujourd’hui disparu sous sa forme ancienne. Le respect des institutions et de ses emblèmes fait l’objet de rappels à l’ordre par des autorités moins naturellement acceptées, la participation électorale hier vertueuse devient prouesse, les lieux et les objets du sacré sont ordinaires et parfois vulgaires. Le lien ancien et la manière de le faire vivre sont fatigués et peinent à survivre « à l’ancienne ». Cet affaissement atteint un système déjà fragile par essence, la démocratie dans sa forme représentative. La tentation d’un retour de la sujétion guette et les nouvelles manières de redonner vie à ce vieux mystère de la modernité sont peu visibles.
Les questions touchent à la souveraineté, à la place de l’individu et des corps intermédiaires, aux rapports au sacré, au temps et à l’histoire, à l’oubli de la vulnérabilité, à l’excès bureaucratique, à la routine du confort démocratique. Ce qui est un présent peut devenir un passé.
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